Logo Notre Dame de la Bidassoa

Hendaye, Ondarraitz et la Plage
Débarcadère sur la Bidassoa © Jacques Eguimendya

Hendaye, Ondarraitz et la Plage

L'embarcadère - Port d'Hendaye © Jacques Eguimendya

En ce début de 21ème siècle, tous les étés, les Hendayais se plaignent de leurs voisins. Ils sont trop nombreux, trop matinaux, trop performants dans la course aux places gratuites et trop bruyants. Une plongée en fin du 19ème siècle, époque où l’on découvrait les bienfaits de l’air marin et des bains de mer et où Hendaye plaçait ses pions, nous donne un éclairage intéressant sur la place occupée par notre plage dans l’esprit de nos voisins d’outre-Bidassoa.

En 1880, le chemin de fer irriguant la Côte Basque depuis 16 ans, les estivants provenant des métropoles, découvrent le charme de la Côte Basque. Les familles aristocratiques ou bourgeoises espagnoles viennent passer l’été à Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye et Fontarabie où elles sont moins gênées par le formalisme imposé par la Cour, les ministères et ambassades installés à Saint-Sébastien, la capitale d’été. Ces familles proviennent de Madrid, et de « l’intérieur » de l’Espagne, notamment de Navarre. Pour cette région, Txingudi est son espace naturel de villégiature (Cf. le carnet mondain de « El Bidasoa » hebdomadaire d’Irun).

 

Dans ce contexte, la lecture des numéros de « El Bidasoa » de la fin du 19ème siècle nous éclaire sur la vision territoriale de nos voisins. Pour eux, il y a deux entités distinctes. Sur le coteau, rive droite de la Bidassoa, se dresse la ville de Hendaye, dynamique, en cours de mutation vers les activités de villégiatures avec ses hôtels et son casino.  Face à la mer, s’étale Ondarraitz, la plage des habitants de l’ensemble qui, plus tard, se nommera « Txingudi ».

Les potentialités de Ondarraitz attisent les convoitises. Ainsi en 1880, l’on étudie la canalisation de la Bidassoa afin d’établir un service de vapeurs avec Irun. Il est vrai que l’année suivante, malgré les travaux en cours, la plage est encombrée tant par les attelages que par les baigneurs. Devant cette affluence El Bidasoa lui prédit un bel avenir « Dans quelques années elle deviendra un grand Baden Baden ». Toutefois à cette époque, comme de nos jours les cohabitations sont difficiles à pacifier.  l’opposition entre les baigneurs et les rameurs des barques amenant les plagistes précède celle entre les baigneurs et les surfeurs.

Toutefois, cet avenir radieux, est vite assombri par un phénomène qui étonne. A l’hiver 1882, les Ediles constatent et s’inquiètent que « la mer semble avaler le sable de cette plage ». Pourtant cela n’empêche le début d’importants travaux et la constitution d’une Société d’Investissement ayant pour projet de construire un édifice pour les bains et une route allant, le long de la côte, de Biarritz à la Bidassoa.

Malgré l’amoncellement des nuages noirs, en 1883, les aménagements se poursuivent à travers un appel d’offre de 250 000 F. A noter, l’installation d’une voie ferrée destinée à transporter le long de la plage les matériaux. Pourtant, le choléra apparait dans les ports et se diffuse à toute l’Europe du Sud. Les mesures sanitaires prises aux frontières freinent l’arrivée des familles estivantes habituelles. En 1985, le constat est catastrophique. La presse bayonnaise se plaint de l’interdiction du passage fluvial sur la Bidassoa. Les touristes aristocratiques fuient vers le nord. La plage de Saint-Jean-de-Luz est déserte. Hendaye-plage avec ses nouveaux édifices est morne. San Sébastien est touchée. Il est vrai qu’au choléra s’ajoute une forte crise économique. De plus, le Préfet des Basses Pyrénées, en rajoute. Il lance une campagne contre le jeu et fait fermer tous les casinos.

En 1886, les investisseurs se démènent pour relancer l’activité. Ils conçoivent de nouvelles animations. Le nouveau fronton de la plage, accueille une partie de pelote internationale mémorable. Une novillada et des courses de vaches landaises sont programmées. Le Casino de la plage est illuminé de telle façon qu’il attire l’attention tant de la ville haute que de Fontarabie et Irun. Les résultats se ressentent rapidement. Malgré la canicule, les barques amènent tant les spectateurs que les baigneurs de Hendaye, Irun et Béhobie. La Cour d’Espagne et son entourage ne manquent pas de se baigner à Ondarraitz, où ils trouvent tranquillité et absence d’étiquette. L’affluence est telle, que le Casino projette de créer un service de « Vaporetto » entre Irun et la plage, les plagistes venant principalement d’outre Bidassoa. Quant aux Passeurs, ils s’organisent pour établir un service à partir de Santiago, mais pris par le succès, ils dédaignent, en 1887, les consignes de sécurité, déclenchant le courroux des autorités.

La ville haute est entraînée par ces succès et son nouveau statut de ville balnéaire reconnue. Elle se lance, en 1889, dans un projet de transformation. Restructuration de la place avec construction de nouveaux immeubles, marché couvert, installation des égouts en sont les principales composantes. Malheureusement, le Clocher de l’Eglise, reste impassible et sale, au grand dam des citoyens et des paroissiens. « El Bidasoa » admire le dynamisme de la ville mais demande à « Monsieur le Curé » (en français dans le texte) de nettoyer le visage de l’église. Malheureusement, encore une fois, les ennuis sanitaires ne sont pas loin. Le typhus et la fièvre typhoïde apparaissent, ce qui déclenche les critiques contre les Ediles Hendayaises. « El Bidasoa » se fait l’écho des accusations relatives à l’absence de nettoyage des rues et d’éclairage provoquant, l’un les maladies, l’autre l’insécurité. La fréquentation de la plage s’effondre.

Le début de la décade suivante voit, malgré des polémiques relatives à la capacité financière de la ville, la construction d’une nouvelle route entre le centre-ville et la plage. Elle permet d’éviter la forte pente menant au Bas-quartier. Mais rien n’y fait, le déclin de la fréquentation de la plage continu. Le coup de grâce est donné par les Carabineros du passage de Santiago. Les fouilles sont accentuées et le port du maillot de bain et de changes sont prohibés. Le flux de baigneurs d’Irun est détourné vers Fontarabie.

Les évènements successifs, première guerre mondiale, guerre civile espagnole, dictature franquiste, ont restreint pendant environ un siècle le flux des plagistes d’outre Bidassoa tout en créant une forte frustration par rapport à Ondarraitz. Les accords de Schengen, en dématérialisant la frontière ont permis à nos voisins le retour facile sur une plage qu’ils ont contribué à lancer et qu’ils ont toujours considéré comme commune à l’espace de Txingudi. 

Jacques Eguimendya

Président AGORA-Txingudi


 

Commentaires

  1. Philippe et Chantal Gayet
    le 26/08/2018 à 13h56

    Merci beaucoup, Monsieur, pour ce long article si bien documenté ! Il est passionnant.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.