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Homélie des fêtes patronales de la Bixintxo
Fête de Bixintxo 2018 © Manex Barace

Homélie des fêtes patronales de la Bixintxo

*** © Manex Barace

Chers amis,

Je ne suis hendayais que depuis un peu plus de quatre mois.

Mais puisque je suis diacre, et qu’en plus je porte le prénom de Vincent, notre Curé m’a proposé de prêcher pour la fête de notre Ville !

En effectuant quelques recherches historiques sur la naissance de la ville, je me suis rendu compte que la fête de la Bixintxo nous fait remonter à la construction de l’Eglise où nous nous trouvons, et ainsi à la fondation d’Hendaye comme Paroisse, puis comme Commune.

C’est dans les années 1560, qu’est né dans le cœur des habitants du petit hameau d’Hendaye, le souhait d’avoir leur propre église. Car celle d’Urrugne, dont ils dépendaient, était trop éloignée pour permettre à tous de recevoir les sacrements et de participer à la Sainte Messe. C’est ce souhait qu’ils exprimèrent dans leur lettre envoyée à l’Evêché de Bayonne, en 1563.

L’Eglise Saint Vincent, c’est donc le point de départ historique de l’aventure hendayaise, c’est la Première Pierre de la Ville, c’est son Cœur battant car elle est le fruit du premier désir commun de ses habitants, et l’épicentre des activités de la cité.

Le choix de ce saint Vincent est aussi le fruit d’un désir commun des hendayais. Nous le devons aux pêcheurs de Baleine – des pêcheurs comme dans l’Evangile proclamé à l’instant- qui voulaient un saint Vincent à fêter avec leur famille en hiver, et non pas en septembre alors qu’ils étaient en mer pour la saison de pêche. Le choix du « Petit Vincent » est mû par la volonté des hommes de vivre la fête patronale unis à ceux qu’ils aiment. (Si on l’appelle Bixintxo, petit Vincent, c’est en comparaison au saint patron d’Urrugne qui était plus âgé et évêque de Dax).

Il est intéressant de chercher ce que cette fête nous invite à retrouver dans les racines de notre ville, afin de redécouvrir comment répondre à ses besoins et participer de lui donner, ou redonner, chacun à notre mesure, son visage véritable.

Vouloir une église et le choix de ce saint sont, nous venons de nous le rappeler, deux expressions du grand désir qui habitait le cœur des hendayais : le désir de vivre une vie familiale de village qui soit marquée par la proximité, la fraternité et l’unité. Je crois que c’est à cette source que la fête d’aujourd’hui nous invite à venir boire.

Regardons ensemble ce que saint Vincent nous propose pour cela.

Il se trouve que le Saint Vincent choisi par nos pécheurs de baleines est un diacre de Saragosse, mort martyr vers l’an 305. Un diacre renommé depuis longtemps, car au IV° siècle déjà, de nombreux écrits, en Europe et en Afrique du Nord, font l’éloge de son martyre.

Il y a plusieurs représentations du petit Vincent dans cette Eglise, la statue, à votre droite, et le panneau dans la chapelle du Saint-Sacrement. Il y est représenté revêtu d’un ornement rouge, comme les prêtres et moi aujourd’hui, et il porte dans ses mains une palme d’or, et un évangéliaire. C’est toute sa vie qui est résumée par ses trois attributs.

  • L’évangéliaire, car le diacre a pour charge de proclamer l’Evangile, c’est-à-dire donner la Parole de Dieu au monde.
  • L’habit rouge et la palme d’or nous renvoient à la manière dont le diacre de Saragosse a annoncé cet Evangile. C’est-à-dire jusqu’à donner sa vie. En effet, le petit Vincent est mort martyr.

Mais qu’est-ce que c’est, un martyr ? Le mot martyr vient du grec, et signifie témoin.

Mais de quoi Vincent a-t-il témoigné ? Il a témoigné d’une Bonne Nouvelle. Cette-même Bonne Nouvelle qu’il avait à charge de proclamée : la Vie a un sens et un but, elle mène au Bonheur Véritable qui est Dieu lui-même, et c’est cela que Jésus-Christ est venu promettre et donner par l’Eglise.

C’est pour avoir cru cela et l’avoir annoncé, que Vincent a été longuement torturé et mis à mort. Les récits antiques racontent même qu’il a gardé une si bonne humeur et un tel sourire jusqu’à sa mort, que les bourreaux en étaient exaspérés. Et il est loin d’être le seul martyr dont on rapporte cette joie au beau milieu de la tourmente. Aujourd’hui encore, dans le monde entier et quotidiennement, des chrétiens de tous âges acceptent de mourir ainsi parce qu’ils croient et vivent cette Nouvelle du Bonheur.

Nous commençons à comprendre alors le pourquoi cette couleur rouge. Parce que c’est la couleur du sang, mais aussi parce que c’est la couleur de l’amour. N’est-elle pas rouge, en effet, la rose qu’un amoureux choisit pour celle qu’il aime ?

Ce rouge nous dit que don de sa vie et amour, c’est tout un. Et, que si c’est vécu jusqu’au bout, c’est une grande victoire. Le nom de Vincent ne signifie-t-il pas « celui qui a vaincu, le victorieux ».

C’est pour cette raison que notre saint tient dans sa main la palme de la victoire.

Il a aimé jusqu’à la fin, ou plutôt, pourrions-nous dire, jusqu’au début ! Car le martyr chrétien est le témoin de la Vie Eternelle. S’il meurt avec joie, en pardonnant et en souriant à ses bourreaux, c’est parce qu’il est profondément convaincu qu’Il passe du côté du vrai Bonheur, ce Bonheur qu’il a espéré et proclamé durant sa vie terrestre.

C’est de ce bonheur dont parlent les lectures entendues aujourd’hui : « Les temps sont accomplis » nous dit Notre Seigneur. « Le temps est limité, (…) car il passe, ce monde tel que nous le voyons », clame saint Paul.

Ces affirmations ne sont pas un appel à se désintéresser des réalités terrestres, au contraire ! Elles sont un appel à vivre chaque instant comme une préparation à l’Eternité. C’est d’ailleurs la seule chose qui motive vraiment la paix d’une société et une véritable entente entre les hommes. Saint Augustin, qui a aussi parlé de notre Bixintxo, disait quelque chose dont la substance est ceci : « lorsque tu considères ton prochain, dis-toi en toi-même : je suis appelé à vivre l’éternité avec lui. Et alors, déjà, tu commenceras de vouloir l’aimer ! ».

Comme il est bon de voir à quel point l’Espérance chrétienne ordonne la vie concrète, car elle lui restitue son but, et redonne ainsi une intensité nouvelle à notre vie quotidienne.

Mes amis, ne perdons pas de temps, n’ayons pas un cœur étriqué !

Rendons-nous compte qu’en revenant à la racine de l’évènement, cette fête est occasion de se rappeler l’essentiel pour Hendaye. Fêter saint Vincent, c’est répondre à son invitation et à celles de nos valeureux pêcheurs de baleine. Invitation à voir loin et haut en dépassant nos petits horizons ; à avoir un cœur large en nous considérant pleinement responsables de ceux qui sont autour de nous.

Durant cette Messe, prions pour nôtre ville d’Hendaye, demandons à saint Vincent de nous aider à nous souvenir qu’au Ciel nous serons ensemble pour l’Eternité. Et profitons d’ici-bas pour commencer à nous fréquenter, à nous connaître, à nous pardonner et à nous rendre service. À nous aimer !

Confions à sainte Marie, la Mère de l’Unité, tous ses enfants d’Hendaye, en particulier tous ceux qui, par leurs responsabilités, civiles ou religieuses, doivent servir leurs frères et sœurs hendayais en facilitant leur chemin vers le Bonheur véritable !

Amen, et Bonne fête à tous !                                                                           

Vincent-Marie Vayne, diacre

Commentaires

  1. Philippe et Chantal Gayet
    le 26/01/2018 à 08h45

    Un grand merci pour cette belle homélie, si bien documentée et si profondément inspirée !

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