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Homélie du 17ème dimanche du temps ordinaire
Jésus multiplie les pains et nourrit une foule © ND de la Bidassoa

Homélie du 17ème dimanche du temps ordinaire

. © ND de la Bidassoa

17ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE   B

          Il m'arrive parfois de me souvenir de la parole de Mao-Tse Tong, dans le « Petit Livre rouge » qui fut, autrefois, le catéchisme de toute la Chine : « Quelle est la chose la plus importante ? La chose la plus importante, c'est d'avoir à manger tous les jours. »

          Loin de moi de vous faire ici une propagande de Maoïsme, n’ayez crainte !

Mais cette réflexion me paraît être comme un écho (oh bien lointain, mais tout de même) de la préoccupation de Jésus devant ces foules qui couraient après lui, dont il avait pitié « parce qu'elles sont comme des brebis sans berger » : il eut alors comme souci primordial, après les avoir enseignées sur de nombreux sujets, de leur donner à manger.

          On aurait en effet, bien tort de vouloir limiter l’œuvre de « salut » opérée par Jésus à une œuvre purement spirituelle ; Jésus n'est pas soucieux uniquement du salut de l'âme.

          C'est tout l'homme, corps et âme, c'est toute l'humanité dont il se soucie.

Rappelez-vous que le mot « salut » est l'équivalent du mot « santé », comme en témoignent les langues d'ascendance latine : salute en italien, salud en espagnol comme saoud en portugais. D'ailleurs – l'évangile le signale – si cette foule court après Jésus, c'est « parce qu'elle avait vu les signes qu'il accomplissait en guérissant les malades, en redonnant la santé »

C'est une question de santé. Donc, n'allons pas réduire l’œuvre de Jésus à une œuvre purement spirituelle. Tout l'être humain est concerné.

          Chaque jour, nous réitérons, en priant le Notre Père, cette première demande : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. »

          Est-ce que nous pensons vraiment à ce que nous demandons ? En d'autres termes : avons-nous vraiment besoin de demander à Dieu quelque chose dont nous sommes assurés de ne pas manquer, nous, du moins, gens des pays riches ?

          Une telle demande se justifie pleinement pour une partie de l'humanité où sévissent de cruelles famines, mais nous ?

          Pour ses contemporains, le geste de Jésus qui les a nourris abondamment un soir est un geste bien parlant. C'est d'ailleurs pourquoi ce signe a tellement frappé les témoins que les quatre évangélistes le rapportent, et que deux d'entre eux mentionnent deux « multiplications des pains. »

          On comprend donc, en remettant le récit dans son contexte historique, pourquoi la foule voulait prendre Jésus de force et faire de lui son roi. A l 'époque, rapportent les historiens, les famines étaient fréquentes au Moyen Orient comme, d'ailleurs, en bien des régions du monde connu.

          Ils ne voyaient en Jésus qu'un super-prophète, l'homme providentiel capable de résoudre tous leurs problèmes.

Dans ce récit comme dans tous les récits qui sont rapportés dans l'évangile de Jean, on remarquera qu'il existe une totale incompréhension entre Jésus et ses interlocuteurs. Eux, ils en restent au fait matériel : Jésus est capable de nourrir une foule.

Mais Jésus va les inviter à voir, dans le geste qu'il vient de faire, bien plus qu'un simple miracle : un signe qu'il leur fait, signe d'une tout autre réalité.

          Il nous faudra lire, au cours des prochains dimanches, la suite du récit : un grand discours dans lequel Jésus va donner la signification du geste.

Mais aujourd'hui, et comme les gens qui, un soir de printemps, étaient assis sur l'herbe verte et se régalaient de pain d'orge et de poisson, la première signification de ce miracle. Voici :

Comme eux, nous aurions tendance à chercher à annexer Jésus et à le garder pour nous, à le posséder, à le récupérer. C'est une tentation qui existe, aujourd'hui comme naguère, chez les chrétiens : vouloir faire cautionner par Jésus nos choix, nos engagements, aussi bien politiques que spirituels : Jésus avec nous, pour nous, dans notre petite chapelle !

          Heureusement, Jésus ne se laisse pas posséder ; il refuse de se laisser embrigader. Il est ailleurs. On ne le prend pas de force pour en faire le roi de nos idées, ni d’aucune idéologie. Il est ailleurs.

          Et voici cet ailleurs du Christ… accueillons cette réflexion du patriarche Athénagoras, (en 1968) :

« Qu'avons-nous fait ? Le Christ nous a quittés. Nous l'avons chassé. Par nos haines, notre orgueil, notre suffisance pharisaïque, nous avons bafoué l'esprit de l’Évangile. Où est-il maintenant, où ? Il va comme un pèlerin, comme un inconnu, parmi les pauvres, les humiliés et les offensés de cette terre. Où est-il, où ? Peut-être en Inde, en Afrique ? Dans les foules abandonnées des grandes villes ? Mais nous ne pouvons pas vivre sans lui, nous ne pouvons pas. Il nous faut le retrouver. »

          Le nouveau signe de Jésus, n'est-ce pas sa présence dans son absence ? A nous de le chercher à pleine vie et en pleine vie !

                                                                     Amen

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