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Homélie du 18ème Dimanche du temps ordinaire
. © ND de la Bidassoa

Homélie du 18ème Dimanche du temps ordinaire

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18ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE  C

 

          Je lisais récemment qu’à l’époque de Jésus historique, donc il y a plus de 2000 ans, la Palestine était couverte de grandes plaines de blé.

          On comprend donc très bien que l’homme riche de l’évangile ait été fier du produit de son travail : belle moisson, conséquence d’un métier difficile et tellement tributaire de l’humeur des saisons.

          Non, on ne peut pas lui reprocher d’être rassuré pour un moment, de voir son avenir enfin paisible. Après un dur labeur il aspire à se reposer, à boire, à manger, à faire la fête.

          D’autant plus que dans la mentalité du peuple de Dieu, à travers les chapitres de la Bible, dans l’Ancien Testament, une belle récolte était une bénédiction de Dieu ; tout comme la naissance d’un enfant, la fertilité d’un troupeau et donc le bon rendement du sol.

          Alors pourquoi cette dent dure contre l’homme riche de la parabole de Jésus ?

          La réponse est dans la question du texte : « Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? »

          Voyez, mes amis, ce n’est pas la richesse qui est mise en cause, ou qui est considérée comme mauvaise… c’est sa signification et sa destination.

          La faute du riche n’est pas d’avoir amassé, mais d’avoir amassé « pour lui-même » : « ma récolte… mes greniers… mon blé… mes biens… » On croirait entendre Jacques Dutronc quand il chantait : « Et moi et moi et moi ». (1966)

          (Et voici mon clin d’œil récurrent des jours de kermesse)

          Depuis plusieurs jours, le monde de Pokémon GO commence à être envahi par des Sbires de la Team GO Rocket. Ces individus sans scrupule utilisent des Pokémon Obscurs, des Pokémon dont la conscience a été retirée afin d'en faire des bêtes de combat sans âme. 

          Attention aux PokéStops : faites le plein de Potions et de Rappels, vous en aurez besoin.

          Nous pouvons nous aussi nous laisser envahir par une soif de gagner et de gagner toujours plus en écrasant les autres, sans conscience et sans âme. Alors faisons le plein d’Evangile pour exterminer d’abord en nous-même notre soif de toute-puissance et de cupidité.

          Ce qui est urgent, ce n’est pas d’éviter la mort : « cette nuit même » elle peut advenir nous dit l’évangile : là nous sommes tous à égalité riches et pauvres. Ce qui est urgent c’est la solidarité qui doit encore porter des fruits après notre mort si nous avons orienté notre vie dans le partage.

          N’est-ce pas cela que dit l’Evangile : « être riche en vue de Dieu ? »

          Dans un langage plus théologique, St Paul, dans sa lettre aux chrétiens de la ville de Colosse s’exprimait ainsi : « Tendez vers les réalités d’en haut ; c’est là que vous êtes ressuscités avec le Christ. »
          A sa façon saint Paul demande de regarder d’abord vers le Christ, vers le haut, alors nous saurons donner sa vraie place aux choses de la terre (richesses, profit, succès) sans en faire des idoles. D’où l’invitation à mettre nos richesses à une certaine distance de notre cœur et de nos décisions égoïstes.

          Mes amis, nous ne pouvons vivre ainsi qu’avec une certaine tension car nous touchons là aux réalités du ciel qui nous tirent vers le haut et en même temps qu’aux réalités de la terre qui nous tirent vers le bas. C’est dans cette tension que nous devons chercher un bon équilibre. Ce travail est une vraie mystique à la portée de tous ; on parle alors en théologie d’une tension eschatologique.

          Les disciples du Christ que nous sommes devons être donc détachés des situations qui conduisent au mal et au péché, de celles qui appartiennent à l’homme ancien. Saint Paul poursuit :

          « Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : … cette soif de posséder, qui est une idolâtrie… pour revêtir l’homme nouveau qui se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. »

          Mais entendons-nous bien : regarder le ciel ne signifie pas abandonner la terre mais plutôt lire l’humanité et la terre dans leurs dynamismes de communion, comme des pas décisifs vers la communion universelle qui sera au ciel. 

          Dieu a tout créé et par conséquent, tout lui appartient ; nous sommes simplement des gérants, des intendants ou des administrateurs de ce que Dieu nous a donné. Est-ce que nous sommes prêts à concevoir que rien n’est à nous et que nous devons rendre compte à Dieu de ce que nous faisons de nos biens ?

          Voici quelques applications pour notre vie.

Si je suis riche, si je possède des biens, je suis automatiquement confronté à certains défis spirituels. Je suis invité à scruter mon cœur : est-ce que mon cœur est attaché à mes richesses, à mon trésor… à un point tel que mon cœur s’éloigne de Dieu et donc ignore les besoins de mes frères ?

Même si je ne suis pas riche, après quoi est-ce que je cours ? Après l’avoir, le toujours plus ? la dernière marque ? la mode et la mondanité ?

De même, combien il est déplorable de voir des familles se diviser à mort pour des héritages. Déjà au temps de Jésus cette question était clivante. En revanche être riche d’amour, riche de ce que nous sommes, riche de recherche commune dans le calme : voilà la beauté d’une vraie famille.

Voilà aussi la beauté d’une vraie paroisse où chacun est au service de l’ensemble pour que Dieu seul soit honoré et que ses préférés, les blessés de la vie et les petits, soient notre premier souci. En la matière la nouvelle destination sociale intergénérationnelle de la Villa Marie est parlante.

Idem pour la beauté d’une vraie commune où l’intérêt générale gagne sur l’intérêt particulier. Cela demande un grand sens du service et des responsabilités de la part de nos élus. Je me permets de les remercier et les encourager tous, de quelques bords qu’ils soient, dans le dossier compliqué et imposé de l’Anti G7.

Une seule chose compte vraiment : « s’enrichir en vue de Dieu » c’est-à-dire être riche en bonté, en humanité, en amour, en charité, en partage. Cet héritage-là, personne ne nous le disputera ! C’est le meilleur héritage.                                                                          Amen

Commentaires

  1. Philippe et Chantal Gayet
    le 09/08/2019 à 09h14

    Merci pour cette réflexion et ce partage pastoral riche de sens, d’éclairage spirituel, d’humour (vive les pokémons !), d’Amour et de gravité. À lire et relire. Un grand merci...

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