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Homélie du diacre Raphaël CHENEVAL lors de son passage sur notre paroisse le mois dernier
. © ND de la Bidassoa

Homélie du diacre Raphaël CHENEVAL lors de son passage sur notre paroisse le mois dernier

Dans la basilique du Sacré Cœur de Montmartre (Paris) - voûte du chœur © ND de la Bidassoa

Vendredi 8 juin 2018

Solennité du Sacré Cœur de Jésus

Eglise saint Vincent à Hendaye

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit Ainsi soit-il !

C’était à l’occasion d’une fête de Saint Jean l’évangéliste, quelque part dans le treizième siècle finissant, une religieuse saxonne prénommée Gertrude fut admise à reposer, comme jadis le disciple bien-aimé, sur la poitrine du Seigneur. La moniale bénédictine avait dit-elle : « éprouvé une jouissance ineffable aux pulsations très saintes qui faisaient sans interruption battre le cœur divin. » Et comme elle s’étonnait que saint Jean, qui avait goutté les mêmes douceurs, eût gardé à leur sujet le plus absolu silence, l’apôtre lui répondit : « Faire connaître la suavité de ces pulsations a été réservé pour les temps modernes, afin que la révélation de ces merveilles réchauffe le monde vieillissant dont l’amour s’alanguit. »

Dans les siècles suivant la dévotion au Sacré Cœur devait progressivement s’installer dans la vie ascétique chrétienne comme le plus sûr moyen de parvenir à la perfection. Monsieur de Genève, monsieur Olier, le cardinal de Berulle et bien évidemment saint Jean Eudes « le père, docteur et apôtre du culte liturgique des saints Cœurs de Jésus et de Marie », contribuèrent, avec tant d’autres, à faire de la contemplation des sentiments du Cœur de Jésus la base de la vie morale. Pour tout choix, croix, humiliation, épreuve, pour toute décision petite ou grande, « consultez les sentiments de ce cœur, disait le père Lallemant, puis faite votre élection en droiture. »

Ainsi, par les chemins que Dieu seul connaît, le Créateur de l’Univers avait préparé le monde à accueillir les révélations les plus douces, les plus élevées, les plus profondes et les plus salutaires pour l’âme chrétienne, les apparitions du Sacré Cœur à Sainte Margueritte Marie Alacoque.

Nous sommes cette fois-ci à la fin du dix-septième siècle, en juin 1675, et notre humble visitandine de Paray-le-Monial est en adoration devant le Saint Sacrement, un jour de l’octave de la fête Dieu. Notre Seigneur Jésus-Christ l’a déjà habitué depuis longtemps à ses apparitions, mais cette fois-ci il va lui faire des révélations plus élevées que jamais. Lui montrant son cœur entouré de flammes qui sort de sa poitrine, il lui dit : « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné, jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance je ne reçois de la plus grande partie que des ingratitudes, par les mépris, irrévérences, sacrilèges et froideurs qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui est le plus rebutant c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande, ajoute-t-il, que le premier vendredi après l’octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable, communiant ce jour-là pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels ; et je te promets que mon cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur. »

Ingratitudes donc, de la part de tant de Chrétiens qui ont reçus de Dieu des grâces si nombreuses et qui ne pensent jamais à L’en remercier : une famille unie, un bon mari, une bonne épouse, des enfants, un travail, un logement, une bonne santé, une sainte vocation, une belle intelligence ou une grande sensibilité… que sais-je, tout ce que Dieu nous a donné et pour quoi il faut savoir dire « merci Seigneur ».

Mépris, de la part de ceux qui refusent d’accueillir les grâces que Dieu leur fait.

Mépris lorsque Dieu vient nous suggérer une bonne action et que nous préférons céder aux tentations égoïstes de la chair ; mépris lorsque Dieu vient susciter la foi et que l’orgueil de la raison étouffe les aspirations du cœur ; mépris lorsque sont constamment remis en question les enseignements les plus fondamentaux de notre Seigneur sur la sacralité du mariage, la dignité du sacerdoce, la nécessité de la foi pour être sauvé et j’en passe.

Irrévérence chaque fois que l’on entre dans une église sans saluer le Maître des lieux, irrévérence lorsqu’on n’observe pas le silence sacré qui entoure ces même lieux saints, irrévérence lorsque le genou ne ploie plus devant le Ciel qui s’abaisse jusqu’à nous, irrévérence.

Sacrilège chaque fois que l’on reçoit le Corps de notre Seigneur en n’ayant pas pris le soin de laver son âme des péchés mortels par la grâce d’une belle confession. Sacrilège lorsque le Corps et le Sang de notre Seigneur sont détournés pour des fins abominables comme c’est le cas dans ces horribles messes noires ou comme ce fut le cas en 2015, de l’autre côté de cette frontière à Pampelune, lorsqu’un blasphémateur prétendument artiste après avoir subtilisé 248 hosties au cours d’autant de messes, les disposa par terre pour former avec elles le mot « pé-dé-ra-stie », lui-même posant nu à côté de ce que ce misérable osa appeler une œuvre d’art. Et le scandale est d’autant plus grave qu’il s’agit bien évidemment d’un artiste financé par les pouvoirs publics ; ainsi donc, les autorités politiques s’associant à ce genre de crime, il s’agit d’une offense publique qui exige réparation publique.

Froideurs, froideurs chaque fois que devant Notre Seigneur si scandaleusement outragé nous passons sans compassions, sans peine, sans larme. Froideur, chaque fois que nous communions sans préparer notre âme, telle une petite grotte de Bethléem, à recevoir rien de moins que le Créateur de l’Univers… froideur.

Ainsi notre Seigneur nous fait la grâce aujourd’hui d’être là devant-Lui, et de pouvoir réparer… Merci Seigneur pour cette grâce. Merci Seigneur pour votre épuisement au calvaire par amour pour chacun d’entre nous ; merci Seigneur pour vos longues journées harassantes durant lesquelles vous illuminiez le monde de votre Sagesse ; merci Seigneur de nous avoir créé et de nous avoir racheté, merci Seigneur de nous avoir aimé et de nous le prouver à chaque instant, merci Seigneur de nous avoir pardonné si souvent nos péchés, nos crimes par lesquels nous vous avons tellement offensé, merci Seigneur d’être si bon, si patient et si miséricordieux avec chacun d’entre nous.

Pardon Seigneur, pour tous les mépris, ingratitudes, indifférences et blasphèmes par lesquels vous êtes constamment offensé. Aussi nous vous offrons les Corps, Sang, âme et divinité de notre Seigneur Jésus-Christ présent dans tous les tabernacles de la terre en réparation des péchés par lesquels Il est lui-même offensé. Seigneur, ce soir nous vous demandons particulièrement de faire éclater votre miséricorde en obtenant au blasphémateur Abel Azcona la grâce de la conversion.

Puisque nous confessons nos fautes Seigneur et puisque nous voulons vous honorer, dilatez votre cœur pour répandre avec abondance sur nous les grâces de votre divin amour. Faîtes-nous comprendre combien il est doux et agréable de vous aimer et de vous servir. Faîtes nous goûter les joies d’une conscience pure et les délices d’une authentique charité. Comme le disait un artiste, véritable artiste celui-là : « on a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux, il est, paraît-il, des terres brûlées, donnant plus de blé qu’un meilleur avril, et quand vient le soir pour qu’un ciel flamboie, le rouge et le noir, ne s’épousent-t-il pas ? »

« Faire connaître la suavité de ces pulsations a été réservé pour les temps modernes, afin que la révélation de ces merveilles réchauffe le monde vieillissant dont l’amour s’alanguit » disait Saint Jean à sainte Gertrude. Eh bien Seigneur, notre monde meurt de froideur et d’indifférence, notre monde meurt de ne plus savoir aimer. « L’amour n’est pas aimé » hurlait les larmes aux yeux François, le poverello d’Assise. De grâce Seigneur venez rallumer en nos cœurs le feu de votre amour pour qu’ils soient véritablement d’autres petits cœurs de Jésus sur la terre. Alors comme dit l’Apôtre, nous serons enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Ainsi nous serons capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Nous connaîtrons ce qui surpasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors nous serons comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu. Et nous entendrons votre voix qui nous dit : « ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte pas… ne me quitte pas. »

Merci Seigneur Jésus,

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il.

Commentaires

  1. Philippe et Chantal Gayet
    le 14/07/2018 à 14h42

    Que de jugements radicaux dans cette homélie !! Que de désignations lapidaires !! Sommes-nous frères du même Pape François (“Qui suis- je pour juger ?) et de ses innombrables interventions sur la Miséricorde ? Sommes- nous frères du même Jésus, mort par Amour pour les pécheurs et plein de compassion pour ceux et celles qu’Il avait à juger sur Son chemin ? “Irrévérence... Mépris... Sacrilège.. Ingratitudes... “ Les mots sont forts ! Abrutis, abasourdis, ahuris par la désignation furieuse du poids de leurs fautes, de nombreux chrétiens ne seront-ils pas tentés d’abandonner leur Espérance pour se résoudre à... l’enfer ? Ou à quitter l’Église transformée ainsi en tribunal vociférant par un jeune diacre épris de pureté ? À côté de Lui, lors de Son Calvaire, un bandit, un malfaiteur... Écoute, tendresse, com-passion et... invitation à l’Amour et au Pardon : le rôle magnifique et incomparable du Prêtre en cette période troublée

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