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Homélie du Jeudi saint
. © ND de la Bidassoa

Homélie du Jeudi saint

. © ND de la Bidassoa

JEUDI SAINT 2019

          Au cours de ce repas autour de Jésus l’ambiance est lourde, l’heure est sombre : la violence grandit autour de Jésus qui est menacé ; à table Jésus annonce une trahison, celle de l’un d’entre eux, Judas ; puis il annonce même le reniement de Pierre, le chef des Apôtres …

Enfin il parle de dernier repas avec eux ; mais les disciples ne comprennent pas grand-chose … Bref, je vous laisse imaginer ce repas, l’état des disciples.

          Peut-être qu’il en est aussi ainsi pour nous : un climat d’angoisse diffuse, une profonde interrogation sur l’avenir, une perte de sens et des faits d’actualité qui ne manquent pas d’alimenter de l’inquiétude : incendie, toiture qui s'écroule mais aussi tant de violences, d'injustices…

          Dans ce climat tendu, dans cette heure sombre de ce repas pascal, Jésus pose un geste étonnant, un geste majestueux par sa lenteur et son silence car il n’y a pas besoin de mots ; il se lève, dépose son vêtement, prend un linge, verse de l’eau dans un bassin et se met à laver les pieds de ses disciples …

Imaginez cette scène dans le climat de ce repas …

Alors que les disciples pourraient demander une parole lumineuse annonçant enfin un avenir radieux ou entendre Jésus annoncer son plan de bataille, il se met à leur laver les pieds …

          C’est d’une gratuité infinie, qui en soi ne sert à rien, un geste où Jésus assure aux siens qu’il est là, avec eux, leur serviteur, un geste délicat, profond où Jésus nous montre à chacun personnellement combien nous comptons pour lui, combien il veut prendre soin de nos pieds fatigués, de nos blessures, et combien il nous remercie pour tout le don que nous faisons de nous-même.

          Ce geste gratuit dit quelque chose de très profond de la vocation du prêtre chargé d’offrir sa vie, de la donner sans compter, tout entière, gratuitement, comme lui Jésus à genou devant ses frères …

          Dans la culture juive de l’époque, laver les pieds c’est accueillir l’hôte de passage quand il a longuement cheminé sur des chemins poussiéreux et qu’on veut lui dire sa joie de l’accueillir et de l’héberger …

          Et bien posé par Jésus le lavement des pieds va plus loin encore ; il est le geste d’accueil dans le royaume, dans son intimité, dans l’endroit où il veut que tous soient rassemblés, dans son royaume qui est déjà là sur la terre, et qui sera totalement donné dans l’éternité bienheureuse.

          C’est bien ce que veut nous dire saint Jean dans son évangile aujourd’hui : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde les aima jusqu’au bout. » c’est-à-dire jusqu’à la fin : il les accueille dans le royaume de son Père au prix de sa passion …

Il avait prié ainsi : « Père, ceux que tu m’as donné, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi … »

          Seul saint Jean dans son évangile remplace l’institution de l’Eucharistie par ce geste du lavement des pieds. Mais en fait, ce geste dit l’institution de l’Eucharistie.

          Ce soir, comme à chaque messe mais plus encore parce que nous faisons mémoire de l’Institution de l’Eucharistie, je vous invite à vivre le moment d’action de grâce après avoir communié en remerciant profondément celui qui se fait notre serviteur, notre compagnon de route, notre lumière intérieure, qui a choisi de souffrir pour nous, pour vous, pour moi, par amour ...

Je vous invite tous ce soir à être des amoureux de l’Eucharistie, ce si grand mystère de la présence réelle de Jésus …

Et ce soir, cette nuit, je vous invite à rejoindre Jésus, une heure, au jardin des oliviers, à Gethsémani : car si Jésus a besoin de nous dans ce jardin, c’est simplement parce qu’il s’est fait réellement homme pour nous sauver, et qu’il a besoin de consolation mais aussi de nous dire qu’il est venu pour toutes nos agonies, nos Gethsémanis et celles du monde entier où justement il nous rejoint …

          Ce soir, nous comprenons que si Jésus se penche ainsi sur nous avec tendresse, s’il nous fait entrer dans son royaume, c’est pour que nous vivions dans l’Eglise et pour le monde de la charité reçue de lui…

          Ce geste de Jésus nous conduit à aimer l’Eglise et à aimer notre monde, à se faire serviteurs de l’Eglise et du monde…

          Aimer l’Eglise, notre famille, qui est la mystérieuse extension de la Trinité dans l’histoire des hommes … Cette Eglise qu’il n’est pas possible de réformer et de purifier sans commencer par soi-même…

Cette Eglise qui donne la grâce inouïe à des hommes d’être prêtres pour pardonner les péchés et donner l’Eucharistie parce que Dieu se donne à travers des hommes et pour les hommes ; et nous demanderons ce soir encore de nombreuses vocations …

          Aimer notre monde parce que nous ne rêvons pas, nous ne fuyons pas dans un entre-nous stérile, parce que notre fécondité se mesure au don de notre vie pour tout homme qui attend que nous lui lavions les pieds pour le faire entrer dans le Royaume …

          Mes amis, en contemplant Jésus qui vient livrer sa vie entre nos mains, dans la fragilité même de nos existences, renouvelons chacun d’entre nous ce soir notre « oui » à le suivre de près, à vivre par lui, avec lui et en lui pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Amen

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