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Maria-Cristina et la Bidassoa
La Reine régente Maria Cristina, le futur Alphonse XIII et ses sœurs © Jacques Eguimendya

Maria-Cristina et la Bidassoa

Les îles de la Bidassoa © Jacques Eguimendya

« Vive la Reine » - « Aupa Erregina »

En cette fin d’été 1892, où les Madrilènes vont de surprises en surprises avec leur eau polluée, la Reine régente, Maria Cristina, siégeant dans la capitale d’été espagnole, Saint-Sébastien, est attirée par celle de la Bidassoa. Le mercredi 28 septembre, elle surprend son entourage. Elle annule tous ses compromis de l’après-midi du lendemain afin d’être libre pour effectuer une promenade sur la Bidassoa, visiter l’Île des Faisans et y goûter avec ses trois enfants, Maria de las Mercedes, Marie-Thérèse et le futur Alphonse XIII. Un programme simple, à priori, mais qui va lui réserver quelques surprises.

En effet, après la traversée d’Irun en carrosse, accompagnée des cris de joie de la foule (dixit les divers journaux consultés), elle rejoint l’embarcadère de Santiago, où l’attend un canot du canonnier « Tajo ». Sous l’impulsion des marins, la Reine régente, ses enfants et sa cour, dont le Duc de Medina-Sidosia et les officiers du Cabinet Militaire, initient ce qui promet d’être un après-midi enchanteur, les réunions avec les ministres, les entrevues et séances de signature étant remplacées par le soleil, la douce température (26.4° au soleil et 20.2° à l’ombre), le calme procuré par l’eau seulement troublé par le bruit des rames froissant, en cadence, la surface du fleuve frontalier et un paysage dominé par la verdure des roseaux et ajoncs.

Bien entendu, personne n’avait informé la souveraine sur la situation délétère provoquée par les Carabineros en ce lieu. Longeant, Galera, l’une des trois îles proches de l’embarcadère de Santiago, l’équipage est surpris d’entendre, en basque, des « Vive la Reine » - « Aupa Erregina » - sortant de l’eau. Rien d’étonnant, ce sont les agricultrices cultivant les trois îles (Galera, Santiago Aurrera et Iru Kanale) qui se sont jetées à l’eau au passage de l’embarcation. C’est leur manière d’interpeller la reine et d’essayer de lui passer un message. Le danger paraissant minime, le commandant du Tajo, à la demande de la reine, étonnée, arrête l’embarcation. La communication s’avère difficile. Pour des personnes penchées sur la terre tous les jours, du levé à la tombée du jour, de plus plongées dans l’eau, il n’est pas fréquent de se trouver face à une reine et d’avoir à lui exprimer des revendications. L’émotion aidant, c’est la langue maternelle qui surgit en premier. Mais la reine, venant de son Autriche natale, ne comprend pas le basque.

Heureusement le commandant du Tajo est en mesure de faire l’interprète. Il peut ainsi transmettre et expliquer la situation absurde que vivent ces personnes. Leur journée de labeur terminée, elles ont l’interdiction, par les Carabineros de retourner directement dans leurs fermes à Irun. Elles doivent, traverser la Bidassoa au passage de Santiago, parcourir, leurs paniers aux bras, à pied, les deux kilomètres qui séparent l’embarcadère du pont de Béhobie, passer les contrôles de police et de douane, puis prendre le chemin de leurs habitations. L’administration ne nous dit pas comment sont comptabilisées les récoltes de ces îles dans la balance commerciale espagnole.

Cet intermède clos, le canot reprend le cours de sa remontée de la Bidassoa, croise l’île de Santiago Aurrera et, enfin, accoste à l’île des Faisans. Maria Cristina, sur les pas de Isabel II et Napoléon III, peut contempler, avec ses enfants, le monument à la paix. Horaire non respecté ou souci d’éviter d’autres réclamations, le goûter est déplacé. Reine, enfants royaux et cour, rejoignent la rive espagnole de la Bidassoa et le carrosse qui, empruntant le chemin qu’avait chevauché Marie-Thérèse d’Autriche tout en regardant Louis XIV faisant de même sur l’autre rive, les amène à la Mairie d’Irun où les attendent le Maire, les corps constitués, les élus municipaux et un goûter bien mérité après toutes ces émotions.

Puis, toute la troupe emprunte les différents carrosses pour franchir les 9 lieues qui séparent Irun de Saint-Sébastien. Elle arrive à la tombée de la nuit. Quant à nos agricultrices après s’être séchées et changées, parcourues leur trajet habituel en terre de France, elles devront attendre quelques semaines pour que l’intervention promise par la Reine fasse son effet et rende compréhensif le commandant des Carabineros.

Jacques Eguimendya

Réf. : La Libertad du 30 septembre 1892

          La Union Vascongada du 30 septembre 1892

          La Correspondencia de España du 1er octobre 1892

          El Imparcial du 1er octobre 1892

          El Bidasoa du 2 octobre 1892

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