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Un « Christ habillé » dans un tiroir de la sacristie de l'église Sainte Anne !
Le "Christ habillé" trouvé à l'église Sainte Anne © ND Bidassoa

Un « Christ habillé » dans un tiroir de la sacristie de l'église Sainte Anne !

Monsieur Jean, bénévole à l'église Sainte Anne, après avoir fait du rangement dans la sacristie, a donné pour les enfants du catéchisme livres et autres objets de culte dont ce petit « Christ habillé » de provenance inconnue.

 

Mais pourquoi avoir habillé le crucifié ?

Après avoir consulté quantité de sites plus intéressants les uns que les autres !.... voici les points qu'ils ont en commun, de façon très schématique et, sauf erreur d'interprétation (merci d'avance aux connaisseurs de bien vouloir apporter leur lumière)  :

  • les premiers chrétiens, jusqu'au VIe siècle environ, ne représentaient ni la croix, ni le crucifié : « La Résurrection et le retour glorieux sont privilégiés ; symboles et allégories de la croix glorieuse sont utilisés : vigne, poisson, agneau, bon pasteur, chrisme…. L’important pour les premières communautés était la victoire que le Christ avait remportée sur la mort, l’attente de son retour et l’espérance du salut. » (site de J. Jalladeau – voir plus bas)

  • une des plus anciennes représentation de la crucifixion connue se trouve dans « l’Évangile de Rabbula » (Syrie vers 586) où le Christ est habillé, vivant.

  • Cette représentation du Christ habillé se répand en occident grâce à Charlemagne (voir plus bas)

  • C'est l'empereur Constantin qui favorise la représentation du Christ douloureux

  • En occident, cette représentation prend le dessus au moyen âge et correspond à la souffrance des peuples (grande peste et autres ravages)

Extraits d'un très bon site avec photos et explications

https://jeanluccollignon.blog4ever.com/un-christ-peu-banal

« Le traditionnel vu partout :

 C'est une banalité d'affirmer que chaque église possède un, voire plusieurs crucifix ! Le contraire étonnerait.

En deux mille quatorze ans d'art chrétien la représentation du Christ sur la croix a évolué plus vite que la liturgie. Le rite de célébration de la Passion est toujours le même heureusement.

Par contre le talent des peintres et des sculpteurs s'est  exprimé de façon différente selon les époques.

Souvenez-vous :

- le XVe siècle insiste sur l'image de la souffrance de Jésus crucifié, son visage nous est montré déchiré par la torture dans un réalisme presque insupportable. Tout est pathétique.

- les siècles suivants livrent des Christs, certes toujours éloquents, mais d'un réalisme plus discret.

- puis vient l'époque où simplicité et gravité laissent place au déploiement d'artifices, de gesticulations théâtrales dans les personnages entourant le crucifié, qui apparaît, lui,  souvent sans caractère, dans un art qualifié par certains auteurs de  “non sens”.

- le XIXe siècle se veut romantique, mais il oublie parfois le religieux par sa trop grande inspiration puisée dans l'Antiquité païenne.

Cependant tout au long de ces siècles, Jésus cloué sur la croix, est représenté à l'identique. (…/...)  il est mort ! (…/...)

L'EXCEPTION RÉMOISE

(…/...) Le Christ en croix tout habillé de la chapelle absidiale nord est unique dans la région. (…/...)

L'exception est dans son isolement géographique, le nombre des Christs habillés en France tutoie la dizaine, elle est surtout dans la représentation du personnage lors de sa crucifixion.

Le positionnement du corps sur la croix du supplice est en totale opposition avec la vision de souffrance évoquée plus haut. Ici le Christ est debout, bien campé sur ses deux jambes légèrement écartées. Ses pieds reposent à plat sur un support dont l'assise est horizontale et spacieuse, presque confortable.

Les paumes des mains sont tournées vers le visiteur, les bras écartés s'ouvrent dans un geste d'accueil. Le visage est serein, les cheveux bouclés tombent de part et d'autre d'une barbe soignée dans un mouvement ordonné comme s'ils venaient d'être peignés. Et surtout, les yeux sont ouverts, ils projettent un regard qui cherche à transmettre un message.

Ce Christ là est vivant ! Il triomphe ! Pour cette raison il a revêtu une longue robe serrée à la taille par une longue ceinture à deux pans. La belle tunique repeinte couleur pourpre - elle était violette à l'origine - est parsemée d'étoiles ou plus exactement de fleurs d'œillets stylisées, car cette fleur était jadis symbole de royauté. La ceinture et les ourlets de la robe sont ornés de cabochons multicolores, malheureusement plusieurs manquent aujourd'hui, tout comme la pièce principale du costume : la couronne royale. Voyez ci-dessous la photographie (photo n°2) publiée dans un livre de 1948, elle y apparaît encore.  (…/...)

Christ triomphant, Christ-Roi ?

La représentation du Christ triomphant remonte aux premiers âges du christianisme, mais elle s'est généralisée au début du IXe siècle.

Le jour de Noël de l'an 800, le pape Léon III couronne le roi Charlemagne du titre d'empereur d'Occident. (…/...)

Cette couronne qu'on lui offre, Charles, reconnaissant, va venir la déposer sur le front du Christ. Il ne veut pas que le Sauveur des hommes soit un souverain mort et vaincu, il veut en faire un roi vivant, victorieux et triomphant.

Charlemagne sait aussi que le peuple s'instruit surtout par les yeux, il va tout faire pour que celui-ci rencontre en toute occasion l'image d'un Christ triomphant, celle du monarque éternel : le Christ-Roi.

Désormais le Roi-Jésus apparaîtra en longue robe pourpre dans les églises de l'Empire.

Celui de la basilique Saint-Rémi est du XIVe siècle (…/...) »

Plus de photos, que sur cette NL, d'une autre page du même auteur avec de très intéressantes explications  : « Les Christs habillés : une série limitée » https://jeanluccollignon.blog4ever.com/une-serie-limitee-de-christs-habilles

et aussi :

http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/29/christrobe.htm : « les Christs en robe »

alors, pourquoi garder la Croix ?

Pour son symbolisme : « La croix, arbre de vie »

/... « L’enfeu protège une dalle sculptée d’une vigoureuse et luxuriante végétation surgissant du pied de la croix : c’est une rare représentation de la croix-arbre de vie. De la croix naît la vie nouvelle, le noir Vendredi saint ne doit pas être disjoint de la joie pascale. N’est-on pas là en présence d’un raccourci fort évocateur du paradoxe chrétien de la croix ?
Le génial sculpteur de cette œuvre dévoile en une seule image l’ineffable. Il en est toujours ainsi avec les grandes images romanes. ».../...

Du site : http://jalladeauj.fr/croix-arbredevie/ - à visiter en entier, notamment  dans : « Par le bois de la Croix », « La Croix/bois vivant » et « le crucifié les yeux ouverts »

Un autre article très intéressant :

« l’art français de la fin du moyen âge l’apparition du pathétique »

Quand on a passé de longues années à contempler les figures vraiment saintes qui ornent nos cathédrales du XIIIe siècle, — on a une étrange surprise en entrant soudain dans l’art du XVe. On est presque tenté de se demander si c’est bien la même religion que les artistes interprètent.

Au XIIIe siècle, tous les côtés lumineux du christianisme se reflètent dans l’art : la bonté, la douceur, l’amour. Tous les visages semblent éclairés par le rayonnement du Christ adossé au grand portail. Il est très rare que l’art consente à représenter la douleur et la mort ; ou, s’il les représente, c’est pour les revêtir d’une incomparable poésie. »

(Ce qui correspond bien à notre Christ en Croix du début du XIIIe siècle de l'église Saint Vincent à Hendaye - « Un christ serin, qui ne souffre pas » - Mano Curutchary – Conservateur délégué antiquités et objets d'art – les photos sont des captures d'écran de la vidéo de TVPI à voir absolument !

« A Notre-Dame de Paris, saint Etienne, mourant sous les coups de ses bourreaux, semble une figure de l’innocence et de la charité ; couchée sur un linceul que soutiennent deux anges, la Vierge morte semble dormir du plus doux sommeil. La Passion de Jésus-Christ elle-même n’éveille aucun sentiment douloureux. Au jubé de Bourges, la croix qu’il porte sur son épaule, en montant au calvaire, est une croix triomphale ornée de pierres précieuses. Toute cette admirable Passion de Bourges égale la sérénité de l’art grec. On dirait les métopes mutilées d’un temple.

Jamais l’art n’a mieux exprimé qu’au XIIIe siècle l’essence du christianisme. Aucun docteur n’a dit plus clairement que les sculpteurs de Chartres, de Paris, d’Amiens, de Bourges, de Reims, que le secret de l’Evangile et son dernier mot, c’était la charité, l’amour.

Au XVe siècle, il y a longtemps que ce reflet du ciel s’est éteint. La plupart des œuvres qui, nous restent de cette époque sont sombres et tragiques. L’art ne nous offre plus que l’image de la douleur et de la mort. Jésus n’enseigne plus, il souffre : ou plutôt il semble nous proposer ses plaies et son sang comme l’enseignement suprême..../...

Lire la suite sur :https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_fran%C3%A7ais_de_la_fin_du_moyen_%C3%A2ge_-_L%E2%80%99Apparition_du_path%C3%A9tique

Conclusion

du site de J. Jalladeau

« Après s’être longtemps refusées à représenter le Christ sur le gibet d’ignominie des malfaiteurs, les communautés ecclésiales ont accepté de le montrer attaché à la croix.

Mais dans toutes ces images le Christ en croix est représenté relativement apaisé, sans souffrance apparente.

Il reste à rappeler l’association fréquente, à l’époque, de l’image de la croix à l’évocation de la résurrection par la scène des femmes découvrant le tombeau vide.»

JT

 

Commentaires

  1. Philippe et Chantal Gayet
    le 20/07/2018 à 14h33

    Bravo et merci pour cette découverte ! Quant à la video autour du Christ de Saint Vincent, je ne vous dirai jamais assez merci, madame, pour cette petite conférence si érudite et détaillée ! Ce Christ est magnifique et bouleversant.

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