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Une époque révolue, mais…
Le Passage de Santiago – Illustration El Eco d’Irun 1903 © Jacques Eguimendya

Une époque révolue, mais…

Les Carabineros se demandent

si le folklore ne cache pas quelques arrangements

avec les droits de douane et le droit international ?...


 

En 1892, seulement deux ponts franchissent la Bidassoa, l’un réservé au chemin de fer, l’autre situé 2 kms en amont, à Béhobie. C’est pourquoi, le passage de Santiago, reliant en barques directement Irun à Hendaye est très usité. Il est vrai que son folklore fait de joueurs d’accordéon, de bals improvisés, de rencontres, de passeurs indisciplinés ayant tendance à traîner un peu trop dans les bars, a de quoi séduire, face à la rigueur chronométrée et métallique d’un passage en train.

En février, les Carabineros, ces gardiens des limites territoriales espagnoles, se demandent si le folklore ne cache pas quelques arrangements avec les droits de douane et le droit international. Dans le doute et par mesure de précaution, ils dégainent leur arme redoutée, la Matrone. Celle-ci, se lance dans une compétition avec ses collègues, sous les regards ébahis des Gendarmes français, au grand dam des voyageurs transfrontaliers. Le journal local El Bidasoa, en est outré.

Il est vrai que le concours rigoriste prend des tournures que le respect des personnes et de la décence ne peuvent admettre. Ainsi, dans un premier temps, la Matrone s’en prend aux dames revenant de Hendaye et à leurs corsets, recherchant dans « les plis de la peau comme le stipule le règlement » quelques traces de contrebande. Pour ne pas être en reste, les Carabineros répliquent en interdisant à quatre ouvriers charpentiers Hendayais d’amener leur casse-croûte de midi. Qu’à cela ne tienne, la matrone peut mieux faire. Elle demande aux dames descendant des barques de passeurs, stupéfaites, de se déshabiller entièrement.

Quelques jours plus tard, une passagère constate que la Matrone laisse passer des voyageuses abondamment chargées de vaisselle en verre et en porcelaine. Remarque faite, on lui répond qu’elles sont dans leur droit.

Déshabillage et passe-droit, l’indignation de notre vaillant bulletin local est à son comble. Mal lui en prend, son article est attaqué par le Gouverneur du Guipuzcoa. Les responsables du journal sont convoqués devant le représentant du gouvernement à Saint Sébastien, liberté de la presse oblige. Il s’en succède une amende et un rappel à l’ordre.

Mais sur les rives de la Bidassoa, nos Carabineros ne peuvent admettre d’en rester là, face à leur collègue féminine. D’autant plus que dans leur affaire de casse-croute, ils ont été désavoués par leurs collègues de Behobia qui ont laissé passer sans problèmes nos pauvres ouvriers et leurs victuailles. La riposte dans les mois d’été a été terrible. Interdiction aux plagistes d’Irun revenant d’Ondarraitz de ramener leurs affaires de rechange ou leur maillot de bain, mesure très vite appliquée dans les deux sens. Il ne reste plus à notre journal favori de s’étonner, avec malice, du peu de compatriotes rencontrés sur la plage de Hendaye et de la foule inhabituelle fréquentant Fontarabie.

Le sort, ou la mauvaise hygiène dans les ports européens, a eu raison de toutes ces tracasseries. Dès septembre, face au choléra se diffusant en France, les autorités espagnoles ferment le passage de Santiago. Seul celui de la gare avec ses installations de décontamination est autorisé. Pour Matrone et Carabineros, c’est le cheminement à longueur de journées dans les sentiers boueux des îles de la Bidassoa.

Jacques Eguimendya


 

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